Normes de santé

Les “normes” que les publics se construisent résultent de l’intégration des connaissances scientifiques du moment, des “croyances populaires” et des possibilités pratiques d’expérimentation.

Les "normes de santé", déduites de connaissances scientifiques et traduites en recommandations plus ou moins faciles à comprendre et à appliquer par la population (notamment selon les appartenances sociales et le niveau d’éducation), ne sont ni immuables ni absolues. Non seulement la science évolue mais elle est elle-même influencée par la société dans laquelle elle existe pour choisir ses propres sujets de recherche, pour en tirer des conclusions et les traduire en recommandations.

Réflexion sur la norme

Pour Arnaud Basdevant, professeur français de nutrition [1], "une réflexion transdisciplinaire sur la "norme" à propos de la corpulence est certainement bienvenue face à la pression croissante et délétère de l’idéal minceur d’une part et à l’augmentation préoccupante de l’obésité et de ses conséquences sur la santé d’autre part. Entre la préoccupation préventive et les risques de la quête du poids idéal théorique, le discours médical est sur le fil du rasoir".

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Dérive normative

Si, pour lutter contre l’obésité, la prévention est un impératif de santé publique qui a ses bénéfices, "la médicalisation de la corpulence n’est pas sans risque", entre autres de "dérive normative".

"Les dérives auxquelles mène la restriction cognitive, génératrice de désordres du comportement alimentaire, de stigmatisation sociale, voire d’inconvénients pour la santé, sont connues. La séquence du cercle vicieux de la restriction aussi : restriction/désinhibition, interdit/transgression. Soumis aux "consommez/ soyez mince", le mangeur moderne a de quoi "craquer" et c’est ce qu’il fait. Le discours médical alimente la pression sociale autour de la minceur et s’en imprègne".

Usage inadapté de l’IMC (Indice de masse corporelle)

Destiné à caractériser des populations, se référer à l’IMC quand il s’agit d’individus doit se faire sans tomber dans le piège de la généralisation sans nuance, les risques pour la santé dépendant d’une multitude d’autres facteurs et variant donc grandement d’un individu à l’autre.

Ne pas se tromper d’objectif

Il s’agit d’éviter de dépasser des seuils dangereux pour la santé, pas de prôner la minceur voire la maigreur.

Ne pas confondre moyens et objectifs

C’est la régulation du poids que l’on demande, pas celle des comportements. S’il existe une fourchette de référence de "poids-taille santé", il n’existe pas de comportement "normal" et "standard" pour réguler la corpulence… "Les conduites alimentaires ne sont pas réglées mais au service d’une régulation complexe qui est certainement biologique (intégrité corporelle et croissance) mais également psychophysiologique et symbolique". [2]

[1Basdevant A., "Corpulence : le discours médical sur le fil de rasoir", Symposium Ocha 2003

[2Idem