20/02/2018

La fiscalité nutritionnelle pour diminuer la mortalité cardiovasculaire

Une étude [1] parue dans la revue scientifique BMC Medecine a étudié l’impact d’incitants financiers sur l’alimentation aux États-Unis. Elle démontre que des subsides et des taxes sur 7 aliments-clés pourraient réduire les décès liés aux maladies cardiovasculaires et les inégalités sociales de santé. En Belgique, ces pathologies sont responsables de 30% des décès [2].

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L’étude a modélisé l’impact sur la mortalité cardiovasculaire :

  • de subsides de 10% et 30% sur les fruits, les légumes, les céréales complètes, les noix et graines ;
  • et avec des taxes de 10% et 30% sur la viande transformée comme la charcuterie, la viande rouge et les boissons sucrées.

La modélisation a également tenu compte de la réponse au changement de prix qui varie selon le niveau d’éducation et le statut socioéconomique.

L’efficacité démontrée

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Figure 1

Les résultats [3] de l’étude montrent que chaque intervention de prix pourrait réduire les décès liés aux maladies cardiovasculaires. Globalement, la réduction est plus importante pour les maladies coronariennes, suivies par les AVC (accidents vasculaires cérébraux) et le diabète (voir graphique a). Selon les scénarios, agir sur le prix de ces 7 aliments-clés permettrait d’éviter chaque année de 23.200 à 63.300 décès liés aux maladies cardiovasculaires aux États-Unis.

Les fruits, les légumes et les boissons sucrées semblent être les catégories d’aliments à cibler en priorité. L’impact sur la mortalité cardiovasculaire est en effet plus important lorsque le prix des fruits et des légumes est réduit et celui des boissons sucrées augmenté, comme le rapporte le graphique b.

Une réduction des inégalités sociales

Selon le scénario « bas » (10% de différence de prix et élasticité-prix faible des bas revenus), agir sur les prix de ces sept catégories d’ingrédients permettrait chaque année de réduire de 3,4% le nombre de décès liés à des atteintes cardiovasculaires aux États-Unis. Les chiffres sont de 3,1% pour les américains faiblement diplômés, 3,6% pour les moyennement diplômés et 2,9% pour les plus diplômés.

Selon le scénario « haut » (30% de différence de prix et estimation haute de l’élasticité prix des bas revenus), c’est 9,2% des décès liés aux maladies cardiovasculaires qui sont évités en moyenne chaque année. La part des décès évités s’élève respectivement à 10,9% chez les Américains faiblement diplômés, 9,8% chez les moyennement diplômés et 6,7% chez les plus diplômés.

Le scénario haut réduirait donc significativement le nombre de décès et les écarts entre groupes sociaux. Même le scénario bas de changement de prix diminuerait significativement cette mortalité et dans une moindre mesure les inégalités sociales.

La fiscalité nutritionnelle semble donc être un outil pertinent pour réduire les inégalités sociales de santé. S’agissant du risque cardiovasculaire, les inégalités sont particulièrement importantes, tant il est lié aux conditions de vie et aux comportements qui en découlent (consommation faible de fruits et légumes, consommation élevée de produits industriels salés car moins chers (hypertension), une alimentation moins équilibrée qui entraîne un surpoids voire une obésité, un moindre accès à l’activité physique, consommation de tabac plus élevée, usage nocif d’alcool…). Rappelons que si 12% des hauts revenus souffrent d’obésité en Belgique, ils sont 17% parmi les plus pauvres !

Un instrument potentiellement efficace mais à ne pas utiliser seul

Précisons que le signal de prix doit être suffisamment fort comme le suggère l’OMS qui préconise des changements de prix du même ordre que les scénarios testés. La taxe soda récemment mise en place en Belgique augmente, quant à elle, imperceptiblement le prix des boissons sucrées (0,03 euro pour la bouteille de 1 litre) !

Avant de prendre une telle mesure, il convient de faire attention à plusieurs aspects, afin notamment d’éviter d’accroître encore les inégalités sociales de santé. En effet, les consommateurs pourraient reporter leurs achats sur des produits moins chers et de plus piètre qualité encore. Pour ne pas « piéger » les bas revenus, il convient de prendre des mesures complémentaires pour guider les choix : sensibilisation ciblées mais non stigmatisantes sur les publics à risque, étiquetage nutritionnel clair et diminution de la pression du marketing en font partie.

Enfin, la Belgique étant un petit pays, le risque existe de voir l’efficacité de cette stratégie compromise si elle a pour effet d’envoyer les ménages faire leur courses dans les pays voisins. Une harmonisation européenne, ou du moins avec les pays limitrophes, semble nécessaire.

[1Peñalvo J. L. et al., BMC medicine, 2017, https://bmcmedicine.biomedcentral.com/articles/10.1186/s12916-017-0971-9

[2Organisation mondiale de la Santé ‒ Profils des pays pour les maladies non transmissibles (MNT), 2014.

[3Fig. 1 Annual US cardiometabolic deaths potentially prevented by a 10% or 30% price change in seven dietary targets. a Effects of price changes in all seven dietary targets, by cause. b Effects of price changes on total cardiometabolic deaths, by dietary target.
Graphique traduit de la source : https://bmcmedicine.biomedcentral.com/articles/10.1186/s12916-017-0971-9