15/02/2016

La mode, un milieu complètement "cintré"

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Dans son livre "Jamais assez maigre. Journal d’un top model" [1], Victoire Maçon Dauxerre, une ancienne Top model, témoigne de sa rapide descente dans l’enfer de l’anorexie amorcée par les exigences de minceur du monde de la mode. [2] Elle y dénonce l’omerta de ce milieu qui efface les femmes derrière les vêtements et les réduit à de simples "cintres".

L’occasion de se pencher sur l’idéal de minceur véhiculée dans toute la société.

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Photo : Tim Alamenciak

L’imposition d’un corps malade en idéal de beauté

Malgré quelques débats engagés dans le monde de la haute couture pour lutter contre la maigreur des mannequins [3] , l’image dominante de "la beauté" que ce monde renvoie est toujours à la tendance trop maigre.

Cette image dominante peut effectivement avoir une influence sur l’apparition de comportements anorexiques même si, comme dans tous les phénomènes psychiques, les liens sont évidemment plus complexes qu’une relation linéaire de cause à effet.

Comme l’explique Victoire Maçon Dauxerre, il ne s’agit pas que des mannequins ; des millions de jeunes femmes s’identifient et intègrent que la beauté, c’est un corps maigre. Il faut donc adopter de nouvelles normes.

L’idéal de la minceur, vecteur de troubles alimentaires

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Tant au travers du mannequinat que par le subterfuge de la retouche photographique [4], le monde de la mode et de la publicité nous projette ainsi sans cesse une image de la femme idéale extrêmement formatée et stéréotypée : jeune, grande et mince (maigre), au teint resplendissant et à la peau sans défaut.

Ainsi, un véritable culte de la minceur s’est installé dans notre société, condamnant des millions de femmes à copier des modèles inaccessibles, fabriquant ainsi des générations de complexées et entrainant l’expansion d’un phénomène de troubles alimentaires dans nos sociétés. [5]

Un grand nombre de personnes, en particulier des femmes, dont l’IMC est situé dans la fourchette dite normale ("poids-santé") se lancent dans des aventures à répétition de régimes restrictifs, médicalement non justifiés, influencées qu’elles sont par l’image de la beauté que leur renvoient publicités et mannequins.

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On peut qualifier de véritable dysmorphophobie l’idée erronée qu’elles se font que leur corps est trop gros, "difforme". Ces régimes, entrepris le plus souvent sans suivi médical, peuvent être dangereux pour le corps à court terme (carences) et à long terme (effet yo-yo, reprise de poids supérieure au poids de départ par compensation de la frustration) et aussi pour l’esprit (perte d’estime de soi, renforcement de l’obsession de la minceur, voire facteur facilitant de l’anorexie).

"(…) il y a une nette évolution quant à l’âge des personnes anorexiques : on passe de 55/100.000 filles de 15/19 ans en 1985-1989 à 110/100.000 filles de 15/19ans en 1995-1999. D’après les chiffres de l’OMS (Organisation mondiale de la santé), c’est bien parmi les adolescents de 15 à 19 ans que l’on trouve le pourcentage le plus élevé (0,5 à 1%). Et ce phénomène ne fait que s’accentuer, ce sont les 10-15 ans qui sont actuellement de plus en plus touchées." [6]

Autre conséquence lourde pour ceux qui en sont la cible : la discrimination envers "les gros"

En 2009, Ryanair avait fait parler d’elle en déclarant dans les médias qu’elle pensait imposer un supplément de tarif aux personnes dépassant un certain poids. Si ce genre d’initiative n’est pas étonnante de la part de cette compagnie aérienne low-cost qui n’en était ni à sa première ni à sa dernière prise de position choquante, ce qui l’est davantage c’est la réaction des internautes qu’elle avait sondés sur le sujet : pas loin de la moitié se prononçaient positivement sur la proposition !

La discrimination opère dans le milieu scolaire, dans la vie professionnelle, familiale, sociale… [7]

Jean-Claude Kaufmann parle du "Calvaire des gros" : les gros sont regardés comme déviants du modèle de minceur, coupables de non-maîtrise de soi et de laisser-aller.

Avec Kaufmann, soulignons que "jamais la violence inégalitaire n’a été autant fondée sur le physique que dans notre société, la beauté comme la minceur devenant des discriminants sociaux". [8]


[2A écouter : son témoignage dans l’émission "Le grand direct de la santé" sur Europe 1 (de 08’30’’ à 20’40’’ et de 25’40’’ à fin)

[3Même si on peut saluer la législation qui vient d’être adoptée en France soumettant le mannequin à un certificat médical qui prend notamment en compte l’indice de masse corporelle (IMC) et imposant la mention "photo retouchée" le cas échéant.

[5"Avec le culte de la minceur sont apparus à la fin du XIXe siècle pour la première fois les désordres alimentaires." Source : "Comment est né l’idéal de la minceur", par Christian Pfister et Kaspar Staub, Université de Berne -http://www.sge-ssn.ch/media/Comment_est_apparu_l_ideal_de_la_minceur.pdf

[8Kaufmann, J-C., (2005), Casseroles, amour et crises. Ce que cuisiner veut dire, Armand Colin, Paris, p. 55.