26/02/2017

Pétition glyphosate : la FWA réagit

Le 8 février dernier, une pétition a été lancée pour demander à la Commission européenne de se prononcer en faveur de l’interdiction du glyphosate dans toute l’Union. Cette pétition initiée par Greenpeace est soutenue par 38 organisations dans 15 pays, dont la nôtre.

Suite à l’envoi de notre newsletter faisant écho de cette pétition, la Fédération wallonne de l’agriculture (FWA) a réagi et invité ses membres à nous écrire en leur fournissant un mail-type.

Dans un souci d’ouverture et de transparence, nous reproduisons ci-dessous – avec son accord – le texte de la FWA. Chacun pourra ainsi prendre connaissance des arguments des uns et des autres et se forger sa propre opinion.

En tant que co-signataire de la pétition, nous souhaitons néanmoins apporter quelques précisions quant à notre position.

  • En premier lieu, loin de nous l’idée de pointer du doigt les agriculteurs, qui doivent déjà faire face à bien des difficultés. C’est le système instauré au fil des décennies et dominé par les lobbies des fabricants d’intrans et de produits phyto-sanitaires que nous dénonçons. Le glyphosate n’en est qu’un symbole. Si nous pensons qu’une transition vers un autre modèle est indispensable, nous sommes parfaitement conscients qu’elle n’est pas simple à mettre en place pour les agriculteurs, techniquement et économiquement, et encore moins dans une économie mondialisée.
  • En tant que mutualité, il est légitime que nous nous inquiétions des effets des pesticides sur la santé. Dès lors que le Centre international de recherche sur le cancer (CIRC), agence de l’OMS, a classé le glyphosate comme « cancérogène probable » pour l’homme, nous pensons que le principe de précaution doit prévaloir.
  • Rappelons enfin que les agriculteurs, souvent pris pour cibles, ne sont pas les seuls utilisateurs de glyphosate ! Les particuliers l’utilisent également, de manière peu raisonnée, n’hésitant pas à le surdoser. Les pouvoirs publics ont eux aussi leur part de responsabilité lors de l’entretien des espaces publics, même si les choses bougent dans le bon sens en Wallonie.
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Notre Livre blanc, édité en 2014, contient une série de recommandations politiques en lien avec l’alimentation, et le soutien aux agriculteurs y est bien présent. Mais nous demandons aussi aux pouvoirs publics belges et européens de mettre en place des mesures politiques et financières pour soutenir les agriculteurs dans la transition vers un modèle de production plus durable.

Le modèle actuel n’est pas l’avenir. Ni pour les citoyens, ni pour notre planète, ni pour nos agriculteurs qui tentent tant bien que mal de survivre face aux géants de l’agro-industrie pour lesquels les considérations sanitaires et écologiques pèsent bien peu…

Texte de la réaction de la FWA

Madame, Monsieur,

Vous nous faites parvenir une pétition qui concerne le glyphosate

En tant qu’agriculteurs, nous sommes les premiers concernés par l’utilisation de produits phytopharmaceutiques. Depuis des années, nous essayons de les utiliser à bon escient, le moins possible et de la façon la plus sécurisée pour nous-mêmes, pour notre entourage, pour les consommateurs et pour l’environnement.

Certains de ces produits sont de grande utilité pour fournir à nos concitoyens des produits en quantité et qualité à des prix raisonnables.

Nous respectons le bon usage agricole et des doses recommandées et agréées, faisant périodiquement contrôler notre matériel d’épandage, tenant des fiches de traçabilité, respectant les délais d’attente… La législation qui encadre ces pratiques est extrêmement sévère et nous sommes tenus de la respecter scrupuleusement, sous peine de sanctions.

Il faut également savoir que le glyphosate est un désherbant et que chez nous, il est utilisé bien avant les semis, ou après la récolte, et que les végétaux susceptibles d’être consommés par les hommes ou les animaux ne sont jamais pulvérisés avec cette molécule en Europe. Cela réduit considérablement le risque d’en retrouver des traces dans l’alimentation, ce que montrent les chiffres de l’AFSCA, puisque sur 207 échantillons de produits alimentaires analysés en 2013, seuls deux se sont révélés comporter des résidus de glyphosate (à des niveaux qui ne sont pas dangereux pour la santé lors d’une consommation normale quotidienne).

Par ailleurs, le glyphosate nous est très utile pour permettre de réaliser des mesures importantes pour l’environnement, tels que la diminution de l’azote dans les eaux, la limitation des risques d’érosion ou le travail simplifié du sol. La suppression de cette substance active pourrait donc limiter la capacité des agriculteurs à mettre en place ces mesures à vocation environnementale.
Il serait donc contreproductif d’interdire le glyphosate, d’autant que les alternatives qui peuvent être mises en place, lorsqu’elles existent, sont plus dommageables pour la santé que le glyphosate lui-même.

Techniquement, il s’avère que les risques cancérogènes qu’on attribue au glyphosate sont en réalité liés aux adjuvants présents dans le produit tel qu’il est commercialisé. Or, depuis ce 1er janvier 2017, par mesure de précaution, tous les produits à base de glyphosate contenant les adjuvants suspects ont été interdits en Belgique par le Ministère Fédéral de la Santé qui gère les agréations. Seules les formules sans ces adjuvants restent autorisées pour un usage qui a encore été restreint.

Vous pouvez lire toutes les informations sur la page :
http://fytoweb.be/fr/produits-phytopharmaceutiques/usage/utilisateur-professionnel/glyphosate

Nous craignons que le glyphosate, parce qu’il est fortement médiatisé, ne soit pointé du doigt à tort, et interdit sur notre territoire, avec le risque qu’il soit remplacé par des produits plus dangereux pour l’agriculteur comme pour le consommateur. De plus, si la Wallonie est la seule à interdire ce produit, cela n’empêchera pas nos consommateurs d’y être confrontés via des produits alimentaires importés de pays extra-européens où les législations sont moins sévères que les nôtres.

Nous participons depuis plusieurs années, au sein de notre organisation professionnelle (la Fédération Wallonne de l’Agriculture) à une réflexion approfondie, scientifiquement étayée et indépendante sur l’usage de “pesticides”. Les agriculteurs sont conscients de l’importance que peut jouer leur secteur dans l’avenir de notre planète, la lutte contre le réchauffement climatique, l’environnement en général. La FWA a organisé une dizaine de réunion autour de la problématique « Zéro Phyto » durant cet hiver. Vous pouvez en lire les comptes-rendus dans le journal « PleinChamp ».

Enfin, nous voulons vous rappeler que la terre est notre outil de travail : nous y sommes profondément attachés, ainsi qu’à la mission principale de notre métier : nourrir nos concitoyens.Nous tenons à sortir de nos exploitations des produits de qualité, c’est notre fierté.

Pour toutes ces raisons, nous ne signerons pas votre pétition.

Nous sommes prêts à en discuter directement avec vous, ou au travers de nos représentants à la Fédération Wallonne de l’Agriculture (eb.awf@awf ou 081/60.00.60). N’hésitez pas à prendre contact !


Et bien… voilà qui est fait ! :-)