03/03/2015

De la traçabilité de la viande au déni de démocratie

La "crise de la vache folle" des années ’90 avait débouché sur l’obligation de mentionner le pays d’origine de la viande de bœuf. Le 1er avril prochain, cette obligation va s’étendre aux autres types de viande (porc, mouton, volaille). Néanmoins cela ne concerne pas la viande contenue dans les produits transformés. La disposition reste donc bien trop frileuse aux yeux des parlementaires européens.

Le débat sur la traçabilité de la viande dans les produits transformés a essentiellement été lancé par l’affaire des lasagnes à la viande de cheval de début 2013. Depuis lors, il fait décidément couler beaucoup d’encre. Il faut dire que la Commission européenne semble traîner les pieds pour prendre une décision dans ce dossier.

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Des appels répétés à la traçabilité

8 mois après ce que l’on avait appelé le "lasagnegate", neuf députés dont Marc Tarabella pour la Belgique avaient déjà interpellé la Commission sur sa position trouble voire son revirement dans sa décision d’imposer cette traçabilité sur les produits transformés. [1] Nous sommes près d’un an et demi plus tard, et le bras de fer entre eurodéputés et commissaires européens tient à nouveau le devant de la scène.

Pourtant, un rapport de fin 2013 émanant de la Commission elle-même mentionne que 90% des consommateurs sont favorables à cette réglementation sur l’étiquetage.

De son côté, en février dernier, le Parlement européen – qui, rappelons-le, est élu démocratiquement contrairement à la Commission – a adopté très majoritairement [2] une résolution qui appelle à un étiquetage plus précis de la viande contenue dans les plats préparés (lasagnes, hachis, raviolis, quiches, pizzas, etc). Malheureusement, si cet avis est un signal fort, il n’est pas contraignant pour la Commission.

Déni de démocratie ?

Et à nouveau, la Commission semble sourde. Ou peut-être de mauvaise foi. Elle argumente sur le fait que cette obligation ferait augmenter le prix de ces produits de 15 à 50%, ce que contestent vivement les eurodéputés [3]. Ces derniers se basent sur les chiffres annoncés par les entreprises ayant déjà adopté volontairement cet étiquetage ; elles font état d’une augmentation des coûts de 0,67%.

On peut dès lors se demander quelles sont les véritables motivations de la Commission. Seraient-elles à chercher du côté de l’industrie agroalimentaire et de ses très puissants lobbies ? On sait en tout cas que la Fevia (Fédération belge des entreprises agroalimentaires) est farouchement opposée à cette législation, comme l’a encore rappelé son porte-parole, Nicholas Courant, il y a quelques semaines.

Dans les recommandations de notre Livre blanc "Pour un accès de tous à une alimentation de qualité", nous appelions nous aussi à renforcer l’information présente sur les étiquettes et à encadrer et réguler l’influence des lobbies industriels.

Ce dossier de la traçabilité de la viande est une véritable démonstration par l’absurde du bien-fondé de ces recommandations.

Et vous ?

Etes-vous favorable à cette mesure de traçabilité ?
Pensez-vous que la position de la Commission européenne est anti-démocratique ou, au contraire, estimez-vous que sa liberté législative est justifiée et ses raisons légitimes ?
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